12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 11:00

Les MOOCs (Massive Open Online Courses) font depuis quelques mois particulièrement parler d'eux, et alimentent les débats dans la sphère de la formation et de l'éducation. Ces cours en ligne "ouvertset "massifs" rendent en effet gratuitement accessible, à quiconque souhaite se former, des modules ou cursus d'universités prestigieuses comme Harvard, Princeton, Stanford, etc., et les premiers cours de EdX ou de Udacity comptaient ainsi par exemple près de 100 000 étudiants. Dès lors, si certains identifient les MOOCs comme une innovation majeure et une révolution en termes d'accès à la connaissance et à la formation, d'autres à l'opposé considèrent la médiatisation actuelle des MOOCs comme un effet de mode, en la comparant à l'époque de l'émergence des premiers modules de formation eLearning.

En tout état de cause, Peter Drucker disais que "la meilleure façon de prédire l'avenir, c'est de le créer", considérons donc ce qui a été crée jusque là, et ce qui se crée actuellement. Dans cette perspective, la croissance des MOOCs dans le monde est indéniable, et leur potentiel de développement et de déploiement semble considérable, si l'on prend en compte par exemple le fait que Coursera a mis 4 mois pour atteindre un million d'utilisateurs, en comparaison de Facebook, qui avait mis un peu plus de neuf mois, ou de Linkedin et de Twitter à qui il avait fallu globalement entre 15 et 24 mois. Dans l'article : "La mise en ligne massive des cours universitaires bouleverse l'éducation", Valerie Landrieu nous relaye par ailleurs, qu'en un an environ d'existence, Coursera a mis à disposition plus de 375 cours, compte plus de 3,7 millions d'étudiants inscrits dans 196 pays, et s'agissant d'edX, qu'il vise une audience d'un milliard d'apprenants. Il faut reconnaître en outre, que l'idée portée par Shai Reshef, le président de University of the People est en elle-même particulièrement parlante en termes d'impacts des MOOCs : « Quand vous formez une personne, vous pouvez changer sa vie. Quand vous en formez beaucoup, vous pouvez changer le monde. »

Cette montée en puissance des MOOCs, fait par ailleurs écho à ce que Claudine Pierron met très justement en exergue dans : "Le salarié du XXIe siècle responsable de son devenir professionnel", à savoir que dans un monde de changements permanents, l'individu se trouve dorénavant face à la nécessité de développer constamment ses compétences, afin d'avancer dans son parcours professionnel. Dès lors, pour travailler à développer et maintenir son employabilité, il est amené à devoir se former de manière continue tout au long de sa vie et à "organiser son auto-apprentissage". Les MOOCs semblent ainsi pleinement s'inscrirent dans cette logique de prévention de "l'obsolescence (programmée) de nos compétences", mise notamment en lumière par le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle. Qui plus est, les MOOCs intégrant les approches collaboratives, permettent d'adresser intrinsèquement certaines des compétences identifiées comme "indispensables pour travailler demain" par l'IFTF (un organisme de recherche en prospective de l'Université de Phoenix), comme par exemple, le fait de devoir cultiver la Transdisciplinarité, parce qu'être spécialisé dans une seule discipline ne suffira plus, ou l'aptitude à interagir et collaborer virtuellement.

Quoi qu'il en soit, au delà de ces aspects, une question revient malgré tout régulièrement dans les écrits et les débats au sujet des MOOCs : "Quel est, ou quel peut être le modèle économique pérenne des MOOCs ?"

En effet, majoritairement gratuits pour les apprenants, les MOOCs ne le sont pas dans leur conception, leur mise en oeuvre, leur déploiement, et nécessitent de ce fait des financements relativement importants. Ainsi, en pratique, ces fonds sont à l'heure actuelle principalement matérialisés soit via des investissements de grandes universités, qui y voient un vecteur pour appuyer leur notoriété, soit du coté des formés, au travers de dispositifs payants de certification, ou d'accompagnements individualisés via le tutorat. Ce type de modèle semble en conséquence assez rapidement limitant pour toute école ou organisme de formation souhaitant déployer des MOOCs, et n'ayant pas les capacités financières d'une institution comme Harvard ou Stanford. Sans compter, qu'à ce jour, une plateforme comme Coursera, n'est elle-même pas rentable financièrement. Dès lors, quel pourrait être un autre modèle économique plus viable ?

Habituellement, lorsque l'on recherche une réponse à la question que l'on se pose, on pense à Google pour interroger son moteur de recherche ... bon, dans ce cas de figure, il va de soit qu'il n'y a pas de "miracles" à en attendre, en revanche si on "pensait à Google" quand même, mais en se positionnant sur le registre du "que ferait Google à votre place ?". Il s'agit en effet de l'une des compagnies les plus profitables actuellement, et pourtant pour "le commun des internautes", Google offre des services gratuits : Qu'il s'agisse de faire gratuitement des recherches dans la plus grande base de données du monde qu'est internet, de gérer ses mails, de stocker et partager des documents, d'être en réseau via Google +, etc.

Bref, et si demain le modèle économique des Moocs trouvait son équilibre au delà de l'écosystème de la formation, de la seule "idéologie éducative", et s'inspirait du modèle de Google ? Ceci, en tendant par exemple à la convergence des offres, des demandes et des besoins en matière de connaissances, de compétences et de talents, tout comme Google permet par exemple la convergence entre la demande d'information d'un utilisateur et le besoin de visibilité d'une offre commerciale d'une entreprise. Et si dans ce cadre, les MOOCs tendaient demain plus massivement à la convergence entre le monde de la Formation adressant des connaissances et compétences précises recherchées par les entreprises, et le monde du Recrutement  et du Marketing Employeur, qui seraient ainsi directement connectés à ce vivier "massif" des formés ?

En effet, dans un monde où l'obsolescence des connaissances et des compétences s'accélère de plus en plus, les entreprises sont plus que jamais à la recherche de nouveaux talents, de connaissances et de compétences actualisées, pour rester en pointe de leur activité. Dès lors, pourquoi attendre "à la sortie des écoles" des étudiants avec leur diplôme alors qu'elles pourraient contribuer à la formation de leurs futurs talents en investissant dans des MOOcs, et ainsi en retour accompagner, identifier et recruter leurs futures recrues ? A l'image de Google, les Moocs ne pourraient-ils pas ainsi progressivement se positionner sur le registre du ROI via les données générées ? Et si à l'instar de l'approche "Google AdWords", se développait l'idée de "Mooc AdWord" via laquelle les entreprises payeraient pour développer leur visibilité auprès des apprenants les plus talenteux qui pourraient continuer à se former gratuitement, ou bien des approches du type "access premium" pour les entreprises ou cabinets de recrutement, leur permettant dès lors de faire des recherches croisant les différentes bases de données : les personnes en cours de formation, les formations déjà réalisées et certifiées, les CV, les assidiutés, les interactions, etc. ... bref en d'autres termes, et si demain les entreprises passait d'un sourcing via des plateformes de type LinkedIn ou Viadeo, à celui d'un sourcing plus en amont via les plateformes de Moocs ... "le sourcing à la source" ?

Ceci résonne à mon sens particulièrement avec le billet de Franck La Pinta, "Recruteurs : abandonnez la logique de chasseur-cueilleur et devenez éleveur-cultivateur", qui en appelle à l'évolution des méthodes de travail des recruteurs, en regard du développement des médias sociaux et l'émergence de nouveaux comportements tant du coté des candidats que des entreprises. L'idée portée est ainsi de passer d'une logique de sourcing de "Chasseur / Cueilleur", dans l'urgence, consistant par exemple à adresser de potentiels candidats qu'ils ne connaissent pas encore, à une logique plus ancrée dans le temps, "d'éleveur / Cultivateur" via le développement de "communautés" de candidats, afin qu'ils apprennent à se connaître. Enfin, de manière quelque peu analogue, dans son billet "Pourquoi le recrutement ne devrait plus exister ?", Marie-Pierre Fleury met en avant l'idée d'une démarche de collaboration professionnelle plus large, que celle de recruter d'une part ou de rechercher un emploi d'autre part.

Alors, entre un modèle économique pour les MOOCs "qui se cherche", des individus conduits à devoir se former de manière continue et flexible tout au long de leur vie, des entreprises en quête de nouveaux talents, et qui pour se faire seraient amenées progressivement à devoir développer plus spécifiquement des approches "d'éleveurs / cultivateurs" et des collaborations professionnelle au delà des postures "Recruteurs / Chercheurs d'emploi" : Coursera, EdX, Khan Academy, Udacity, ou autre, pourraient-ils devenir les futurs LinkedIn ou Viadeo d'aujourd'hui ? ... à moins que des plateformes de type Linkedin n'intègrent à l'inverse progressivement le phénomène MOOCs ?

... Bref, et si dans cette idée de convergence des besoins, les MOOCs étaient à terme l'avenir du Recrutement digital ?

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Published by Frédéric Mischler - dans Innover en Recrutement
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commentaires

JmarcfJ 13/06/2013

Bonjour Frédéric

Tant l'idée que tu proposes me plait à savoir intégrer la formation dans dès le process de recrutement avec l'outil MOOC, ce qui rejoint une autre réflexion à laquelle j'ai participé et où je
t'invite à contribuer. Cela se passe actuellement sur l'excellent Blog de Marie-Pierre Fleury ID-Carrière
http://www.id-carrieres.com/blog/2013/06/11/pourquoi-le-recrutement-ne-devrait-plus-exister/

Tant la fable que tu racontes à propos des MOOCs me fait bondir pour plusieurs raisons. La suite de me propos seront donc teintés d'émotionnel, je t'invite davantage à en lire le fond que la
forme.

La gratuité ?
Tant il est gratuit d'entrer dans une bibliothèque pour quiconque, tant l'accès à un MOOC nécessite du matériel informatique, certes moins couteux qu'avant mais pas gratuit non plus.

Attention au danger du développement de répulsion à l'égard de la formation

Les MOOCS s'est au mieux 67% d'échec ( le record etant détenu par le MOOC de Polytechnique Lille de Rémi Bachelet avec 37% de réussite).

Je te laisse faire le calcul du nombre de personnes en situation d'échec avec 1 milliard de participants.

Du chasseur cueilleur au jardiner cultivateur emprunté à Mintzberg...
le chasseur cueilleur est l'homme du paléolithique, quant au jardiner il date du néolithique. La modernisation de l'agriculture a commencé au 10e siècle en Europe.

Nous sommes en 2013, ne serait-il pas pertinent de réfléchir avec des modèles plus récents sur le travail pour imaginer au mieux les outils lui permettant de recruter, collaborer, former,
etc...

Les commerces de détails, la grande distribution deux secteurs qui réfléchissaient sur leur optimisation n'ont pas regarde l'environnement, l’avènement du numérique et de nouveaux intermédiaires
sont entrain de sérieusement les bousculer et pour certains de les faire disparaitre.

Comment sera le travail, l'activité professionnelle des hommes de 2020-2030 ?

Comment savoir qui se trompe ?
http://www.scoop.it/t/cafeanime/p/4003148472/pourquoi-vous-vous-trompez-tout-le-temps-l-explication-du-specialiste-mondial-du-biais-cognitif

Qui apprendra le mieux ?
Celui qui aura connaissance et des échecs et des réussites.

Le document que tu avais réalisé sur la formation professionnelle sous la forme d'un Prezzi contient à mon sens tous les critères indispensable pour étudier la pertinence d'une solution de
formation.

Oui au MOOC pour mieux recruter mais attention à la moocification de l'enseignement. Entre les intentions et les actes, nous sommes tous dans une zone aveugle.

Bien à toi

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